22 août

Depuis le temps que j’en fais du théâtre et des sites web, je reste aujourd’hui encore stupéfait par le retard que le théâtre (lieux et cies surtout) a pris. A part l’expérience de theatre-contemporain.net qui dès le départ, c’est-à-dire bien en avance pour une fois, a compris l’intérêt que ce nouveau support offrait : espace ouvert pour de l’audio, de la vidéo et des images, en plus du contenu textuel. Sur de trop nombreux sites, à l’heure où la vidéo devient accessible, il n’y a encore que du texte, une vulgaire copie d’une programmation papier pour les lieux, et pour les cies un espace de pub assez vulgaire... Où sont les vidéos, les matériaux, les fil rss, les podcasts ou vidcasts... Et là, ils ne savent même pas de quoi on parle.

Alors qu’ils auraient pu s’affranchir de médias qui se désintéressent du théâtre, voir les méprisent profondément, ils restent figé devant des fenêtres qui bougent sans eux. Vous allez me dire que c’est déjà un progrès : ils savent envoyer et recevoir des mails, et même envoyer des pièces jointes et lire des PDF... mais ça s’arrête pratiquement là (évidemment il y a des exceptions et des sites remarquables mais ils sont rares) !

Il nous faudra attendre encore longtemps je crois avant de voir des sites de théâtre vraiment intéressant dont les objectifs ne seront pas seulement de mettre une programmation avec la possibilité d’acheter des places en ligne...

24 août

Il me faut quand même distinguer ce que pourrait être un site internet pour une compagnie de théâtre (structure mise en péril par la politique culturelle actuelle) et les lieux subventionnés. Aujourd’hui les cartes sont plutôt dans les mains de ces derniers alors que ce sont les compagnies, qui pour des raisons vitales, y jouent avec plus d’inventivités, même si cela reste trop souvent assez peu convainquant.

Ce qui pourrait être utile, ce serait de définir un peu le poste de webmaster pour ces lieux qui trop souvent négligent l’impact du net sur l’avenir du théâtre. Le net envahit durablement nos vies, jusqu’à ce qu’il soit lui-même remplacé par autre chose . La télévision, qui elle aussi a longtemps négligé ce nouveau support (qui d’ailleurs est plus qu’un support !), se retrouve dans une situation qu’elle a mérité, les téléspectateurs vont doucement chercher ailleurs ce que la télévision ne leur propose pas ou plus, notamment du sens. Il en est de même pour la presse, bientôt la littérature. Pourquoi le théâtre en France continue-t-il à fonctionner, à réagir comme si rien ne se passait ? Par peur ? Par mépris ? 
Il y a moins de dix ans, quand internet n’en était déjà plus à ses débuts, lorsque sur un moteur de recherche on tapait les initiales d’un théâtre national on tombait en premier sur le site d’une Télévision en Afrique... Mépris ? Certes maintenant on tombe sur le théâtre en question mais cela suffit-il ? Non, car le contenu de ce site, la conception même de ce site nous renvoient au programme papier. Il y a des archives pour les années précédentes, oui, bon, mais pour quelle dynamique ? Et si par malheur on voulait en savoir plus sur un spectacle, sans forcément demander un court extrait vidéo, si par exemple on rêvait (n’est-ce pas un peu un des objectifs du théâtre que de nous faire rêver ?) de lire un blog sur une création produite par cette structure, de lire ou même d’entendre un entretien du metteur en scène ou d’un acteur accueilli, on se retrouve face à un vide sidéral. C’est à croire que vraiment en France nous ne comprenons pas quel outil peut être le Web. 
Dans ces structures, on nous répond qu’il y a déjà des employés qui s’occupent du contenu du site. En réalité, ça veut juste dire qu’il y a dans la structure des personnes capables d’écrire un texte de présentation pour un spectacle (on l’espère en tous cas) ou du moins des personnes capables de faire un copié/collé d’un document vers leur site Web. Il serait temps de leur expliquer qu’animer un site ce n’est pas seulement ça, que les internautes de plus en plus nombreux attendent autre chose d’un site Web, et s’ils ne le trouvent pas là, ils iront ailleurs. Comme ça n’a pour l’instant que peu d’impact sur la fréquentation des spectacles, on pourrait se dire qu’ils n’ont pas torts de négliger leur site. Pourtant, il faut réfléchir plus loin. Un internaute cherche des renseignements sur un spectacle ou sur un artiste. Il va avoir une liste de liens proposés. Une fois vue qu’il n’y a rien de plus que le blabla habituel sur les sites officiels, il ira chercher ailleurs, parfois sur des sites de structures à l’étranger. En France, si c’est autour de l’écriture contemporaine il ira sur theatre-contemporain.net. Les lieux principaux, ceux qui produisent les spectacles, quant à eux, néant ! A force, puisque le net devient aussi une force de frappe publicitaire (d’une certaine manière, j’entends), les pouvoirs publics vont finir par se dire que nos théâtres n’ont aucune existence puisqu’il n’existe pas sur le net (ou si peu), et surtout ne font preuve d’aucune dynamique dans leur manière de se présenter aux internautes... Mépris ? Évidemment ce n’est même pas un scénario là, même pas ce qui se passera, mais le théâtre finira par en pâtir fortement et j’ai l’impression qu’il n’a pas besoin d’un autre coup sur la gueule, si je puis dire. Je crois qu’Internet est un outil efficace qui pourrait permettre au théâtre de sortir de ses ornières, de devenir plus indépendant vis à vis de médias comme la télévision surtout, qui ont toujours fait sans. Par les fenêtres du Web, faire parler des spectacles, faire vivre la création, entamer un nouveau dialogue avec les publics.

Voilà pourquoi il est nécessaire que ces lieux de théâtre travaillent sérieusement sur ce qu’ils font sur le net. Et pour cela qu’ils aient une ou plusieurs personnes, suivant la taille de la structure, employées à dynamiser cet espace. Et le terme « dynamiser » n’est pas choisi au hasard, créer des sites dynamiques devrait être l’objectif de toute entreprise ayant pignon sur le net. 
Le spectacle vivant offre suffisamment de matière pour imaginer des sites originaux, simple d’utilisation, et ouvrant des portes qui font rêver. Bien entendu on pense d’abord au son et à la vidéo, comme ce qu’a fait theatre-contemporain.net. Mais il y a encore d’autres pistes qui s’ouvrent par le biais par exemple des fils RSS et de leur détournement (podcast, vidcast) – on peut imaginer des agendas de rencontres et des lectures communiqués et mis à jour par fil RSS. Les blogs sont aussi des éléments exploitables par le théâtre sur le net. Reste encore et toujours à convaincre les directeurs que ce n’est pas de l’argent balancé par les fenêtres mais au contraire la consolidation de nouvelles fenêtres (pardonnez-moi cette triste image !). Parmi les arguments contre, il y a celui de la qualité des matériaux mis en ligne. Les théâtres préfèrent souvent ne rien mettre sur le net plutôt que d’y mettre une mauvaise vidéo (et filmer du théâtre, ce n’est pas si simple). Si pour chaque court extrait vidéo, le théâtre est obligé d’engager une équipe de cinéma, là c’est certain que ce n’est pas rentable. Mais encore une fois, ces arguments sont là bien avant d’avoir essayé quoi que ce soit. Plutôt ne rien faire. Cela pourrait être la devise du théâtre français. Je ne crois pas qu’un internaute s’attende à trouver en ligne un extrait vidéo d’un spectacle avec une qualité de réalisation d’un bonus de DVD (par contre avec la qualité image et son d’un DVD cela devient possible). 
Pour tenter de franchir le pas, il faudrait par exemple que theatre-contemporain.net propose un lecteur exportable pour lire leurs vidéos sur d’autres sites (un peu comme les lecteurs de Youtube ou Dailymotion....). Le spectacle programmé par un lieu existe en extrait vidéo sur le site de theatre-contemporain.net, le webmaster copie le code du lecteur incluant cet extrait, et le voilà en ligne sur le site du théâtre avec en plus un peu de pub pour le site qui diffuse la vidéo. Ce n’est qu’un exemple, et il ne couvre pas toutes les possibilités vidéos puisque le rôle de theatre-contemporain.net est de mettre en avant les écritures contemporaines, ce qui ne représente au final qu’une petite partie des spectacles créés. Il est assez simple de créer un compte sur une des plates formes de diffusion de vidéos (voir notamment celles citées au dessus, mais il y a aussi Viméo...) et de créer sa propre bibliothèque d’extrait. De plus, certaines compagnies proposent elles-mêmes des extraits, là il suffit de recouper les différentes sources pour les proposer aux internautes – ce qui à peine plus compliqué qu’un copié/collé. 
Autre argument contre : les droits. Je ne crois pas que theatre-contemporain.net ait eu beaucoup de problème sur ce point et je pense que les intérêts des artistes sont que les structures parlent d’eux.

Pour le moment, la majorité des sites des théâtres ne prennent pas en compte les internautes et ne montrent de leurs structures qu’une vitrine dont l’objectif est de vendre des places qu’importe le spectacle... Le spectacle n’est plus qu’un produit parmi d’autre. Mais même dans cette démarche là ils sont mauvais. De là à dire qu’ils prennent les internautes pour des cons il n’y a qu’un pas que je me refuse de franchir, j’ai encore foi.

Il faut ajouter aussi qu’Internet offre un lien non négligeable avec les pays francophones qui ont très vite compris l’intérêt que cela offrait. On peut être en contact avec des compagnies françaises, belges, québécoises, suisse, africaine, grâce à un simple clic qui n’ont heureusement pas attendues les institutions pour entamer des dialogues. 
Il n’y a cependant pas que les théâtres, les compagnies de théâtre résistent aussi. À un moment donné j’avais proposé à des compagnies de s’associer dans une plate forme autour de laquelle s’articulerait chacun des sites. On dirait « mutualiser ». Pour limiter les coûts et partager les moyens techniques (vidéo, enregistreur sonore, appareil photo numérique...). Flop. J’avais aussi contacter des auteurs pour s’unir et créer des espaces pour l’écriture contemporaine. À nouveau flop. Je n’ai sûrement pas les mots pour convaincre, j’en conviens, mais je pense aussi que le théâtre français a des difficultés pour voir plus loin que sa subvention attendue (même si pour les auteurs ça n’existe pas les subventions). Les auteurs quant à eux ont sans doute des réticences à mettre des textes en ligne, ou simplement des extraits, par peur d’être pillé, par crainte que cela empêche une éventuelle publication. Ou encore n’ont pas le temps, car souvent ils envisagent un site comme un livre, dans une forme figée, cadrée. 
Pourtant quand je vois l’expérience de François Bon avec son projet d’édition numérique, je crois qu’il y a vraiment un espace à prendre pour nos écritures, mais c’est vrai, pour cela il faut aussi de la générosité. La politique menée actuellement est à l’opposée de la générosité. Il faut vendre, gagner, être efficace, écraser l’autre. À vous dégoûter de faire du théâtre... ! 
Certaines se sont essayées à la réalisation de DVD, objet aux apparences plus luxueuses qu’un site internet, qui présente de nombreux avantages : c’est un objet, et on aime vendre et acheter des objets qui tiennent dans la main ; ça se vent, on peut donc en tirer un éventuel bénéfice (mais c’est argument ne pèse pas lourd) ; ça permet de mettre des vidéos, des images, des textes et d’être lisible sur écran télé comme ordinateur ; ça cadre sans doute mieux les droits... mais au final ça circule assez peu. Le prix est souvent décourageant. On pourrait plutôt imaginer à des prix raisonnables, voire dérisoire, des accès à des contenus en ligne : pour des lieux, des accès à des documents multimédias seulement pour les abonnés, pour les compagnies à des journaux de créations avec pourquoi pas des rendez-vous en ligne tchatter avec les artistes... Le Web permet d’imaginer tellement de chose que j’ai du mal à comprendre pourquoi il ne se passe rien !

Quelques liens supplémentaires : 

théâtre de la colline (je n’aime pas trop l’interface et le graphisme mais il y a de la matière sur ce site) 
theatre-contemporain.tv 
et les blogs de la même enseigne 
blog théâtre et danse 
- blog GrandT 
- site du 104 avec revue en ligne et blog... à suivre.

hors cadre : 
vidéo du TNB 
sur Nice 
- plutôt privé des vidéos de théâtre